A la rencontre de… Samantha Cristoforetti

Les 20 et 21 Mai derniers, j’étais à Strasbourg pour participer au EYE (European Youth Event ou Rencontre des Jeunes Européens) qui regroupait plus de 5000 étudiants d’un peu partout en Europe et au-delà. C’était surtout l’occasion de faire la rencontre de personnes hors du commun qu’on a rarement la chance de croiser tous les jours. C’est pour ça que je me suis empressée de réserver une place pour la conférence de l’astronaute Samantha Cristoforetti.

Sa conférence n’avait aucun lien avec mes études (il aurait été plus logique que j’assiste à la conférence de Martin Schulz, mais comme il nous a fait la surprise de ne pas venir, j’ai été particulièrement heureuse d’avoir suivi mon coeur). L’espace m’a toujours fait rêvé, mais n’étant pas scientifique, faire des études dans ce domaine aurait été (un peu) difficile (mais j’ai fait un bac S. Oui oui.). Rencontrer une femme qui a fait de son rêve d’enfant une réalité, et qui est la première femme à avoir effectué un aussi long séjour de 200 jours en orbite (vous la sentez, ma fierté féminine ?), a été un moment incroyable.

Au final, sa conférence de deux heures nous a fait rêver. Déjà, parce qu’elle était dans l’hémicycle du Parlement Européen et que forcément, ça ne laisse pas insensible de se retrouver là.

Ensuite, parce qu’elle est entrée en combinaison bleue, comme revenant à l’instant de mission, sous les applaudissements. Elle dégage une douceur incroyable, et un enthousiasme presque enfantin lorsque elle sourit à nos questions, et raconte son aventure. Elle a ponctué son récit de photos qu’elle avait prises dans l’espace, et qui ont été projetées dans l’hémicycle, des photos de son entrainement en majeure partie sous-marin, pour se familiariser avec l’impression de pesanteur, des récits de son décollage, de son séjour, de ses missions à bord et de son retour sur Terre… Voilà un extrait de ses deux heures de conférences, traduit de l’anglais et réorganisé pour une lecture plus sympa 😉

Quel est votre parcours?

CRISTOFORETTI: Devenir astronaute est un rêve d’enfant que j’ai eu la chance de pouvoir réaliser. Je suis plus qu’heureuse d’en avoir eu les capacités… J’ai fait des études d’ingénierie à Trente [en Italie] et en Allemagne, en même temps que j’apprenais des langues, ayant toujours été fascinée par elle. J’adore apprendre de nouvelles langues. Je parle italien bien sûr, français, anglais, russe et allemand. J’ai fait un stage pendant mes études en France d’ailleurs, à Toulouse, et j’ai étudié en Russie. J’ai ensuite fait l’armée de l’air italienne et je suis ressortie major. J’ai donc commencé par être pilote de chasse, avant de postuler à l’ESA (European Space Agency ou Agence Spatiale Européenne) pour la mission. Nous – Terry, Anton, Guennadi, Mikhaïl, Scott et moi – sommes restés dans l’espace entre Novembre 2014 et Juin 2015.

[étudiant] Qu’est-ce qui est le plus difficile au niveau de l’adaptation? La première heure dans l’espace ou la première heure de retour sur Terre?

Le retour sur Terre! La pesanteur est quelque chose de vraiment perturbant, parce que notre corps doit fonctionner totalement différemment. Quand vous êtes sur Terre, le coeur doit faire un effort pour remonter le sang de vos pieds, alors que ce n’est pas du tout le cas dans l’espace! Mais le retour sur Terre est très difficile, parce nous ne sommes plus habitués à peser autant, à cause de la gravité. C’est très difficile de bouger, de marcher, si vous regardez mes photos, vous verrez que nous avons été sortis de la navette, nous étions absolument incapables de nous déplacer. J’ai été au lit et incapable de faire quoi que ce soit pendant une semaine, j’étais tout le temps fatiguée!

Rescue workers carry Italian astronaut S

credit to ESA

Comment dormez-vous dans la station?

Nous ne dormons pas dans des lits, bien sûr, parce que l’apesanteur nous les ferait immédiatement quitter. Nous dormons dans des sacs à la verticale, accrochés à la paroi, dans une petit cabine qui ressemble plus à un placard qu’autre chose (pour avoir tout de même un peu d’intimité). Prisonniers du sac, nous ne pouvons plus bouger, et c’est plus pratique pour dormir!

[étudiant] Vous avez pris de nombreuses photos lors de votre séjour dans l’espace, mais en quoi constitue une journée type sur la station?

Lorsque je demande à des enfants, des jeunes enfants ce qu’ils pensent que l’on fait une fois sur la station, ils me répondent: « Des photos de la Terre! » C’est vrai que nous avons pris beaucoup de photos, c’est un spectacle dont on ne se lasse pas, mais nous sommes envoyés dans l’espace pour des recherches scientifiques auxquelles nous avons été préparés. Nous sommes à la fois les opérateurs et les objets des expériences.  Je me lève assez tôt, vers 7h30, pour garder un rythme biologique. Et comme pour une journée de travail, nous sommes occupés toute la journée!

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credit to ESA

[étudiant]De l’espace, il n’y a pas vraiment de rythme sur 24h, quel fuseau horaire suivez-vous? 

Nous assistons en effet à une dizaine de levers de soleil dans la journée, étant donné que nous tournons plus vite que la Terre. Et ce n’est donc pas à la lumière du jour que l’on peut se fier… Nous sommes simplement restés sur le fuseau horaire de Londres pour notre rythme une fois dans l’espace.

[étudiant]Qu’est-ce qui vous manque le plus de ce séjour dans l’espace? 

Et bien, deux choses, je pense. L’une concerne simplement les sensations physiques, l’apesanteur. L’apesanteur est juste incroyable. Tout est fait sans effort. Si je veux traverser la pièce, j’ai juste besoin de me propulser avec mon petit doigt, presque sans effort, et de plus, vous avez la sensation que chaque minute qui passe est vécue de manière très consciente, ce que je ne pense pas vivre dans ma vie normale!

[étudiant] Croyez-vous aux extraterrestres ou bien à  l’existence de n’importe quelle créature intelligente en dehors de cette galaxie?

C’est une question très ouverte, et par aliens j’entends une forme de vie sur une autre planète qui peut être intelligente, ou bien qui peut être une simple bactérie, qui sait… Je pense que nous sommes proches d’y répondre à propos de Mars, par exemple. Ce serait extraordinaire de découvrir une vie passée sur Mars!

[étudiant] Pour vous, et comme nous sommes  dans le cadre d’un évènement européen, qu’est-ce qu’être européen?

Vous pouvez être français, allemand, ou de n’importe quelle autre nationalité, quand vous vous retrouvez en dehors de l’Europe, vous avez aussitôt le sentiment qu’il y a quelque chose qui nous lie. Il y a quelque chose qui nous rend différents des autres. Pas meilleurs ou quoi que ce soit, mais différents, et c’est à ce moment que vous commencez à vous définir comme européens. Je ne sais pas si cela est dû à l’histoire, ou à la culture, ou à une façon particulière de considérer certaines valeurs comme la démocratie, la participation à la vie politique, ou la valeur de la vie humaine, mais c’est un mélange de beaucoup d’éléments intangibles. Mais je vous promets, si vous passez plus de temps en dehors de l’Europe, vous vous sentirez européen.

selfieSamantha

©ICSE&CO –

Pour des photos de sa mission, c’est par là

Et pour un petit aperçu vidéo de sa conférence

 

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